Le raphia se révèle dans un film

Documentaire

Interpellé par le taux de gaspillage de cette ressource, des chercheurs dévoilent les multi-usages du raphia dans un documentaire projeté jeudi dernier à l’Institut français du Cameroun (Ifc) à Yaoundé.
raphia_largeLa menace n’est pas encore perceptible, mais le raphia pourrait disparaître un jour. En cause, son exploitation irrationnelle par les populations. « De part l’usage qu’en font les populations, le raphia est une espèce emblématique. L’économie des paysans de nos villages sont plus ou moins basée sur cette ressource. Mais le contraste était que, plus l’usage est important, moins le raphia est connu. Les gens n’ont pas les usages très diversifiés du raphia », déplore Joseph Fumtim, Chargé de la Communication et de la culture scientifique à l’Institut de la recherche pour le développement (Ird), par ailleurs coréalisateur du documentaire intitulé « A l’échelle du raphia » projeté jeudi 1er mars 2018 dans la salle des spectacles de l’Institut français du Cameroun à Yaoundé.
Intriguée par l’usage polyvalent et l’importance de ces plantes, Ondoua Bikélé, jeune étudiante née à Yaoundé, suit les pas des scientifiques de l’Université de Yaoundé I et de l’Ird au Cameroun pour découvrir sa variété. Dans les localités où cette ressource est disponible, les populations n’en ont parfois qu’un usage spécifique qui peut être : l’extraction du vin de raphia ; la collecte des vers blancs (Foss) ; la fabrication du balai traditionnel ou la confection des mailles pour les toitures des maisons ; la vannerie, etc. Le reste de la plante étant voué à la destruction. Ce qui est à l’origine du gaspillage regretté par l’équipe de chercheurs. Pourtant, « Comparé aux autres produits forestiers non ligneux, le raphia contribue de 3 à 6% des revenus des populations qui l’exploitent », assure Thomas Couvreur, Chargé de la recherche à l’Ird de Montpellier, coréalisateur du documentaire.
Prévenir les pénuries en eau
La plante aurait aussi des vertus médicinales notamment dans le traitement du diabète et de l’hypertension. Le vin est utilisé comme décoction par les femmes qui allaitent pour booster la production du lait maternel. « Pour le moment, le raphia est disponible sur toute l’année. Mais les populations ne l’appréhendent pas encore, cette ressource pourrait venir à manquer », observe Suzanne Mogue Kamga, Doctorante à l’Université de Yaoundé I. Elle en veut pour preuve, la disparition quasi complète de cette plante sur la route qui mène à l’aéroport de Yaoundé-Nsimalen. D’après cette chercheure, la destruction de cette plante entraîne l’assèchement des marécages ce qui cause sur le terme, le manque d’eau dans les localités concernées. « C’est une espèce qui aide à conserver l’eau dans le sol », affirme-t-elle.
« L’émergence c’est bien, mais il est dommage de les voir disparaître », renchérit Thomas Couvreur qui joint à la liste, les possibles effets du changement climatique sur ce végétal. Le film se révèle donc être une sorte de sonnette d’alarme afin de limiter la destruction de cette plante. Ceci passe par l’optimisation de l’exploitation d’un tronc abattu. « Le film est un support qui a un langage universel à travers l’image […] En trichant un peu chez les autres, on peut améliorer l’exploitation de la ressource », espère Joseph Fumtim qui ajoute : « En général, les projets de recherche sont destinés à des publications scientifiques. On va dépenser 40 000 euro pour publier dans une revue qui va être lu par 60 personnes. Le documentaire est très favorable pour résoudre les besoins des contribuables qui veulent savoir ce qui est fait de l’argent de la recherche ». Le documentaire est disponible sur la chaîne Youtube de l’Ird.
Nadège Christelle BOWA

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