Protection des défenseurs de l’environnement: Le projet « Verdir le respect des droits de l’homme » rentre en gare

Pendant trois ans, ce projet a essayé d’apporter des solutions aux grandes menaces économiques, sociales et culturelles dont souffrent les peuples du Bassin du Congo d’une manière générale.

photo verdirQuand ils reçoivent le prix du défenseur communautaire pour la lutte contre l’accaparement des terres, le Braconnage, l’exploitation illégale des forêts du Centre pour l’Environnement et le développement, Joseph Fa’a Embolo, Norbert Bouba, Michel Ndjoedje, Messock Ngock et Emmanuel Mbounzuondi ne peuvent s’empêcher de repenser au combat qu’ils ont à mener au quotidien dans leur localité respective. A Nanga Eboko dans le département de la Haute Sanaga par exemple, Joseph Fa’a a dû affronter les autorités administratives. « Le gouvernement avait décidé d’attribué 6 000 ha de terres aux Chinois pour l’agriculture. Pour ce faire, on arrachait les terres des populations (accaparement des terres). J’ai demandé à la commission de revoir le processus de l’attribution de ces terres parce que tout le monde se plaignait : les chefs, les notables, les villageois. Ils ont trouvé que j’ai exagéré ». Il est arrêté puis jeté en prison où il séjourne pendant presque quatre mois. Ce défenseur des droits est libéré grâce au soutien multiforme du Centre pour l’environnement et le développement à travers le projet « Verdir le respect des droits de l’homme dans le Bassin du Congo ».

Financé par la Commission de l’Union Européenne, ce projet avait pour principal objectif de renforcer le respect des droits de l’homme dans le domaine de l’environnement et de la gestion des terres et des ressources naturelles. Au cours de la période d’exécution entre 2015 et 2018, les actions menées ont permis de : Apporter une assistance judiciaire à une dizaine de défenseurs de l’environnement ; renforcer leurs capacités sur les questions relatives aux droits de l’Homme et de l’environnement ; développer des outils de sécurisation des droits fonciers d’une centaine de communautés riveraines des projets d’exploitation de ressources naturelles ou d’infrastructures ; Accompagner les communautés impactées par la mise en œuvre des projets pour le suivi administratif et judiciaires en vue de la reconnaissance de leurs droits ; de renforcer les capacités des autorités administratives, des magistrats, des avocats et des journalistes sur la question de droits des défenseurs de l’environnement.

Un bilan positif apprécie Pr. Pierre Etienne Kenfack, Coordonnateur de la recherche au CED qui a par ailleurs assuré la formation des jeunes juristes enrôlés dans le cadre de ce projet. Ces résultats engrangés en dépit des contraintes rencontrées dans la mise en œuvre du projet Verdir, n’occultent pas les nombreux défis qui demeurent afin d’assurer la consolidation et la durabilité des résultats acquis. Tels que le relèvent les conclusions de l’atelier de clôture du projet verdir organisé à Yaoundé, le 28 juin 2018. Ladite rencontre a permis outre le bilan exhaustif des activités et des résultats du projet, de jeter les bases d’une stratégie et de valider les recommandations permettant de garantir la pérennisation des acquis. De nombreux prix ont été décernés aux acteurs ayant participé à ce projet. Des journalistes, dont votre serviteur, se sont vus décerner le prix du journalisme communautaire en reconnaissance de la couverture pertinente et équilibré des situations de violation des droits des défenseurs de l’environnement.

 

 

DES ACTEURS SE RACONTENT

 Joseph Fa’a Embolo, Défenseur des droits à Nanga Eboko

« Grâce au projet Verdir, nos capacités ont été renforcés »

fa'a embolo, défenseur de l'nevironnement

Dans la Haute Sanaga, je défends l’environnement. J’ai eu des difficultés avec des autorités administratives qui m’ont arrêté dans le cadre du projet agricole chinois. On avait attribué des terres aux chinois, plus de 6 000 ha et je m’étais opposé à cela. Je demandais que ce soit fait selon la réglementation. Alors les agents de l’Etat ont trouvé que j’avais exagéré. Ils m’ont arrêté et gardé en prison pendant presque quatre mois. Le gouvernement avait décidé d’attribué des terres aux Chinois pour l’agriculture. Pour ce faire, on arrachait les terres des populations (accaparement des terres). Je demandais qu’on reprenne ce projet. Qu’on demande l’avis des populations si elles sont d’accord pour donner leur terre à ce projet. Tout le monde se plaignait : les chefs, les notables, les villageois. C’et pourquoi j’ai demandé à la commission de revoir le processus de l’attribution de ces terres. Ils ont trouvé que j’ai exagéré. C’est grâce au Centre pour l’Environnement et le développement qui est venu à mon secours en m’apportant un avocat, des journalistes… Bref un soutien multiforme qui a permis à ce que j’ai gain de cause. La justice m’a blanchi et aujourd’hui je suis libre. Le verdict est tombé le 23 décembre 2017 à la Cour d’Appel du Centre. Maintenant, le projet n’a pas encore commencé, mais nous continuons la lutte afin que ce projet s’arrête complètement. Grâce au projet Verdir, nos capacités ont été renforcés en rapport avec le travail que nous devons mener sur le terrain avec efficacité.

 

Sharon Emmanbo,  jeune juriste

sharon« On a appris tout en protégeant les gens »

En tant que jeune juriste sur le terrain, on a essayé de renforcer les capacités des Ong locales, les accompagner et faire en sorte qu’ils soient assistés juridiquement quand ils en avaient besoin. C’était une expérience absolument magnifique parce que nous avons pu nous occuper de cas que nous transmettions au bureau. Nous sommes allés dans les endroits que nous n’avions jamais visités auparavant. Ce n’était pas facile, il y avait de nombreux obstacles. Mais ce qui est sûr, c’est que nous avons fait ce que nous devions faire. Au terme de ce projet, je suis très satisfaite parce que c’était « learning by protecting », donc, on a appris tout en protégeant les gens.

INTERVIEW

Pr. Pierre Etienne Kenfack

Pr Pierre etienne Kenfack« …Comprendre le droit comme un instrument qui va servir à construire la société »

Le Coordonnateur de la recherche au CED revient sur les aspects techniques du projet verdir le respect des droits de l’homme dans le Bassin du Congo notamment en ce qui concerne la formation des jeunes juristes.

 Quel est le contexte qui a conduit à la mise en œuvre du Projet verdir dans la Bassin du Congo ?

Globalement, il y a un certain nombre d’obstacles à la protection des droits de l’homme dans l’espace Bassin du Congo. C’est vrai que c’est un espace assez vert mais, la verdure doit aussi atteindre les droits de l’homme qui sont menacés. Dans ce contexte, les grandes menaces portent sur les droits économiques, sociaux et culturels notamment les droits qui portent sur la terre, la protection des ressources naturelles, la promotion des droits des communautés. Dans cet espace, la pression sur les ressources naturelles et sur les terres amenait un certain nombre de communautés à réagir. Cette réaction appelait parfois des interventions qui étaient attentatoires à leur droit. Pour les accompagner, les défenseurs des droits de l’homme se sont proposés. Mais ils ont été à leur tour menacés. Donc, le projet vise non seulement la promotion des droits, mais la protection des défenseurs des droits.

Un mot sur la méthodologie utilisée pour atteindre les résultats escomptés ?

Pour atteindre un tel résultat, on ne s’est pas contenté de traiter le mal, on est remonté à la racine. C’est-à-dire faire le point sur l’état, accompagner les structures qui peuvent documenter les situations d’atteinte aux droits de l’homme et former de jeunes juristes afin qu’ils puissent maintenir la flamme régulièrement. Donc le projet a formé de jeunes juristes ; a accompagné des communautés, des défenseurs des droits de l’homme en général et des avocats qui se sont impliqués dans des procès au cours desquels les défenseurs d’environnement étaient menacés. Le projet était un peu global. Nous sommes à cet atelier pour faire le bilan. On voudrait que tous les acteurs puissent échanger, partager leurs expériences pur qu’en fin de journée on essaie de tirer un bilan.

Que peut-on espérer des jeunes juristes formés dans le cadre de ce projet ?

J’ai formé les jeunes juristes à la compréhension des grandes thématiques juridiques. Je les ai accompagnés dans la lecture du monde grâce aux instruments du droit qu’il faut ici comprendre pas comme les textes mais comme une science qui analyse le monde et rend capable de proposer des pistes d’organisation qui ne sont pas toujours contenues dans les textes existant. J’ai accompagné les jeunes juristes à comprendre le droit comme un instrument qui va servir à construire la société. Ma mission était d’abord de fixer le cadre méthodologique ; leur réapprendre un certain nombre de concepts fondamentaux avant de les envoyer sur le terrain.

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