Mettre fin à l’épidémie du SIDA d’ici 2030 : le pari du Directeur exécutif de ONUSIDA

« Les chiffres à mi-parcours sont porteurs d’espoir, mais beaucoup restent à faire »

A mi-parcours des engagements accélérés pour 2020 adoptés par l’Assemblée générale en 2016, le monde enregistre de grandes avancées vers l’objectif de mettre fin à l’épidémie de SIDA d’ici 2030, a indiqué Michel Sidibé, Directeur Exécutif de ONUSIDA lors d’un séjour au siège onusien à New-York en juin 2018michel sidibe unaids

Selon Michel Sidibé, des progrès sont accomplis à travers la plupart des 10 engagements de la Déclaration politique sur le VIH/SIDA : Accélérer la riposte pour lutter contre le VIH et mettre fin à l’épidémie de SIDA d’ici à 2030, adoptée en 2016. Une majorité de personnes vivant avec le VIH dit-il, ont accès à un traitement et les décès liés au SIDA ont décliné d’un tiers depuis 2010. « L’élimination de la transmission du VIH de la mère à l’enfant reste l’un de nos objectifs », a affirmé M. Sidibé, ajoutant que « de moins en moins d’enfants contractaient le VIH pendant l’accouchement. Cependant, l’amélioration des traitements pédiatriques est en deçà de nos objectifs de 2018, à savoir 1,6 million d’enfants sous traitement. La stigmatisation et la discrimination, l’inégalité des sexes, la pauvreté, l’insécurité alimentaire et autres inégalités sociales auxquelles sont confrontées les personnes à haut risque d’acquisition du VIH et les personnes vivant avec le VIH constituent des barrières politiques et juridiques à l’accès aux services et entravent les efforts de réduction des infections par VIH », conclut le Directeur Exécutif de ONUSIDA

Malgré ces propos porteurs d’espoir du directeur exécutif de ONUSIDA, spécialistes et, organisations actives dans la lutte contre le SIDA pensent que beaucoup de choses restent à faire. Pour eux, la guerre est loin d’être gagnée.
Point de vue de Sandrine Bonnet Présidente de la Fondation helvétique Sidaction, basée à Lausanne. Selon elle, malgré des traitements efficaces, les patients vivent toujours leur maladie dans une semi-clandestinité. « Une bataille décisive a été gagnée, mais pas la guerre », a-t-elle dit. En termes de VIH, l’arrivée des trithérapies il y a une vingtaine d’années a fondamentalement changé la donne, sauvant la vie de millions de personnes jusque-là condamnées à mort et qui aujourd’hui vivent à peu près normalement. Seulement voilà: si la situation est infiniment meilleure qu’avant, rien n’est gagné pour autant. Elle insiste sur les nouveaux profils de malades, profils que l’on rencontre surtout dans les pays développés. «On observe pas mal de nouvelles infections chez les plus de 50 ans », note Sandrine Bonnet. « Ce sont souvent des personnes qui ont eu une première vie sexuelle en couple et qui, devenues célibataires, ont tendance à ne pas se protéger. Il y a aussi le cas de personnes qui ne se sont pas protégées lors d’un rapport hétérosexuel et qui ne sont pas tombées sur la bonne personne, ou celles dont le compagnon a été infidèle avec une prostituée ».
Autre jugement porté par la Présidente de Sidaction, « si les traitements sont aujourd’hui efficaces, ils ne règlent pas tout », affirme-t-elle. Et d’expliquer : « Depuis l’avènement de la trithérapie, à la fin des années 90, les images de malades décharnés et condamnés à mort appartiennent au passé. La médication a permis aux patients de retrouver une espérance de vie normale, d’autant que le nombre de comprimés à prendre chaque jour est passé d’une dizaine à un seul. Ainsi, avec un traitement correctement pris, les personnes infectées peuvent vivre tout à fait normalement et même avoir une sexualité non protégées si le virus est indétectable dans leur sang. Reste qu’il s’agit d’une véritable «mini-chimiothérapie», qui n’est pas dénuée d’effets secondaires plus ou moins difficiles à supporter pour les patients, et ce alors même que le traitement doit être pris à vie. Ces derniers conduisent malheureusement parfois certains malades à effectuer, sans consulter leur médecin, des interruptions de traitement régulières, qui peuvent conduire à la réapparition du virus ».
Médecins Sans Frontières (MSF) dans un document d’information, intitulé, « Attendre n’est pas une option : prévenir et survivre au stade avancé du VIH », présenté à la Conférence de Paris de juillet 2017, note que « la généralisation de l’accès aux ARV n’a pas produit la diminution attendue du nombre de personnes au stade SIDA dans les pays en développement ». Ce qui a changé lit-on dans le document, « c’est qu’une majorité des personnes admises à l’hôpital ont déjà été diagnostiquées et beaucoup sont déjà sous traitement depuis plusieurs années ; et, la situation des personnes au stade le plus avancé de la maladie pourrait s’aggraver avec la stagnation des financements pour la lutte mondiale contre le VIH »
Enfin comme l’a si bien rappelé la présidente de Sidaction, aujourd’hui, le sida n’est plus une priorité politique, comme les questions de développement durable, de crise environnementale, etc. Nous ne sommes plus dans l’urgence du début de l’épidémie des années 1980 jusqu’aux années 2000, et, « la réalité politique d’aujourd’hui n’est donc clairement plus en faveur des politiques de prévention sur le long terme », dit-elle Un point de vue certes discutable.
Par Foussénou Sissoko
Expert Communication en Santé

 

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