Crise Centrafricaine : La main tendue des humanitaires en détresse

En raison de la persistance de la violence armée en République centrafricaine, le pays  traverse toujours une crise humanitaire aiguë caractérisée entre autres d’importants mouvements de population ainsi que des besoins humanitaires croissants.

« Ne pas oublier la Centrafrique ». C’est le cri de cœur lancé par Virginie Baïkoua, ministre de l’Action humanitaire et de la réconciliation nationale de la République Centrafricaine (RCA). C’était au cours d’une session d’information sur la situation humanitaire dans ce pays en crise, le lundi 14 mai 2018 à Yaoundé. Ladite situation n’a cessé de se dégrader depuis 2017. Une tendance maintenue au cours du premier trimestre de cette année avec d’importants vagues de nouveaux déplacements et des besoins humanitaires croissants. Alors que la ressource notamment financière se fait rare. Environ 2,5 millions de personnes en RCA ont besoin d’une aide  humanitaire contre 2,2 millions en 2017. S’appesantissant sur les statistiques, Najat Rochdi, Représentante spéciale adjointe du Secrétaire général des Nations Unies, par ailleurs Coordonnateur humanitaire pour la République centrafricaine, révèle que « en un an, le nombre des déplacés internes est passé de 402 240 à 687 398, ce qui marque une augmentation de plus de 70%. Des réfugiés qui commençaient progressivement à revenir spontanément en Centrafrique à la faveur d’une accalmie ont dû à nouveau quitter ».

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La situation est tragique et les indicateurs le révèlent avec une certaine brutalité. Au Haut Commissariat pour les réfugiés, les chiffres ne cessent de croitre. Ce nombre s’élève désormais à 575 544, soit 25% de plus qu’en début d’année dernière. En outre, 70% des familles centrafricaines n’ont pas accès à l’eau potable et 80% ne sont pas équipées de latrines ; le taux de mortalité infantile est de 18% ; le tiers de la population fait face à l’insécurité alimentaire ; 20% des écoles du pays sont fermées et, dans les sites de déplacés, ce sont plus de 70 000 enfants qui sont privés de toute éducation. Dans certaines sous-préfectures il y a moins d’un enseignant pour 4000 élèves ; six sous préfectures sanitaires ont un taux de malnutrition aigüe supérieur au seuil d’urgence de 15%. Selon l’Unicef, la présence des enfants en dehors de l’école les expose à l’enrôlement par les groupes armés. Autres conséquences du drame centrafricain : les déplacements à répétition ont une incidence sur la production agricole et crée une dépendance à l’aide humanitaire alimentaire d’urgence.

Vers une crise humanitaire sans précédent

D’après l’Unfpa, dans les zones affectées, les femmes sont victimes de violences sexuelles. Par ailleurs, une femme sur 100 meurt des suites de complications liées à l’accouchement tandis qu’un enfant sur sept meurt avant son 5e anniversaire. Les défis qui se résument en : l’accès humanitaire, la protection des civils et même des humanitaires victimes des attaques meurtrières, sont énormes. Déjà trois en sont décédés depuis le début de l’année. Mais cette crise est la plus sous-financée. Pour un montant requis de 515,6 millions de dollars, le plan de réponse humanitaire lancé en janvier 2018 n’est à ce jour financé qu’à hauteur de 9,4%, soit 48,6 millions de dollars, alors qu’il prévoit d’apporter une assistance vitale à 1,9 million de personnes.

« Si rien n’est fait aujourd’hui, le pays risque de retomber dans une crise humanitaire sans précédent. La violence déployée par les groupes armés continuera alors à pousser un nombre croissant de civils à se réfugier dans des lieux de plus en plus inaccessibles aux humanitaires accroissant davantage encore le défi de l’accès aux plus vulnérables », prévient Najat Rochdi qui plaide auprès des pays donateurs en faveur d’un financement accrue de l’action humanitaire dans ce pays. Au cours de cette séance de travail, les représentants en Centrafrique de l’Oms, Severin Von Xylander et du HCR, Pierre atchom, ainsi que le Chef de bureau d’Ocha en Rca, ont respectivement partagés avec les représentants des donateurs et de la communauté internationale un état des lieux détaillés des secteurs qu’ils couvrent.                      

QUESTIONS à…

Virginie Baïkoua

virginie Baïkoua
« Le conflit en Centrafrique est un conflit de pauvreté »

La ministre de l’Action humanitaire et de la Réconciliation nationale de la République Centrafricaine (RCA) parle des efforts de son gouvernement pour juguler le conflit persistant dans ce pays.

Quel état des lieux faites-vous de la situation humanitaire en République centrafricaine ?

Pour ce qui est de la situation humanitaire, nous avons plus de 600 000 personnes déplacées internes et 400 000 externes dans les pays voisins. Aussi nous avons environ 2,5 millions de personnes qui sont dans le besoin humanitaire. C’est pour cela que nous sommes venus ici après le lancement du Plan de réponse humanitaire au Cameroun où se trouve beaucoup de représentations diplomatiques, pour pouvoir leur présenter ce plan de réponse humanitaire en vue de mobiliser les fonds nécessaires pour porter assistance à la population centrafricaine affectée par le conflit.

Quels sont les besoins aujourd’hui ?

A tous les niveaux comme on l’a dit aujourd’hui, il n’y  a pas un secteur précis. Nous devons apporter des réponses au niveau des soins, de l’éducation, faciliter l’accès aux services sociaux de base en général… Mais comme je le disais tout à l’heure, le conflit en Centrafrique n’est pas un conflit religieux. C’est un conflit de pauvreté. C’est parce que la population a été à un moment donné affecté par une situation précaire et a été instrumentalisée. On a utilisé les jeunes surtout qu’on arme. On leur a fait miroiter qu’en prenant les armes, ils vivront mieux. C’est pour cela qu’il faut éduquer. Il faut que les enfants aillent à l’école. Il faudrait aussi qu’on puisse réhabiliter les routes pour pouvoir circuler librement. Donc nous devons intervenir dans tous les domaines. La Centrafrique est en reconstruction

Quel est la part de l’Etat dans ce vaste chantier ?

L’Etat fait beaucoup d’efforts. Déjà, il faut ramener la paix et c’est ce que le président fait. C’est aussi ce que l’initiative de l’Union Africaine fait à partir de la vision du chef de l’Etat à savoir : dialoguer pour se mettre d’accord, réfléchir pour reconstruire notre pays. Voilà ce que fait le gouvernement surtout le président de la République et il faut reconnaître que qui veut réconcilier veut le dialogue. Donc, il veut le dialogue. Je le dis haut et fort, il y a une volonté d’aller de l’avant, de se réconcilier et de reconstruire notre pays.

Comment comprendre dans ce cas, le regain de violence enregistré à Bangui ces derniers jours ?

Le chemin de la paix n’est pas linéaire. Il y a des zigzags et c’est normal. Ce sont des indicateurs qui nous disent : « Attention il y a encore des problèmes et il faut faire attention ». Le regain de violence va nous permettre de recadrer ; de savoir qu’on n’a pas bien fait à certains endroits et qu’on doit refaire. C’est comme cela que je le comprends. C’est clair, tout le monde est affecté par cela. Quand par exemple, on va tirer ou jeter des grenades sur des gens qui vont prier paisiblement dans une église, ça fait mal ! Ce sont des êtres humains, ils ont le droit de prier, ils ont le droit de vivre. Les ennemis de la paix utilisent toujours la religion pour justement raviver la haine. Le gouvernement ne veut pas de cela. La communauté internationale ne veut pas de cela. Nous faisons des efforts pour arrêter cela.

 

 

 

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