VIH et SIDA: Comment tordre le cou à la féminisation de la pandémie

L’un des moyens les plus efficaces résiderait dans le changement des mentalités des populations notamment, la perception de la gent masculine par rapport au statut de la femme dans la société. Elle-même liée au poids des pratiques culturelles néfastes à l’autonomisation des femmes.
Selon les prévisions d’ONUSida, si rien n’est fait, d’ici 2020, on pourrait enregistrer 57% de femmes nouvellement infectées par le VIH contre 43% d’hommes. Au Cameroun, en dépit des efforts du gouvernement et ses partenaires techniques et financiers, le mal est sérieux. D’autant plus que se greffe à la féminisation de cette pandémie, une autre appelée : violences basées sur le genre (Vbg) qui contribue à la booster au grand dam des pouvoirs publics. Bouchard Zambo, assistant des programmes à ONU-Femmes Cameroun, explique que la relation entre les violences basées sur le genre et le Vih/Sida se situe à deux niveaux à savoir : les causes et les conséquences. Pour ce qui est des causes, des exemples sont légions. Par exemple, une femme peut être contaminée à l’infection VIH à la suite d’un viol qui est une violence. Une femme qui est excisée peut être contaminée. De même que celle qui est contrainte à un mariage forcé avec un homme qui a perdu sa première épouse des suites de VIH ; ou encore une femme qui subie des coups de son mari (violence conjugale).

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Dans le registre des conséquences, l’expert cite le cas de femmes répudiées pour avoir dénoncé leur statut sérologique positif à leur conjoint ; Celle qui souffre de l’infection parce qu’on leur empêche d’aller à l’hôpital ; celles qui par manque de ressources sont exposées voire contaminées dans leur quête de survivre. Il cite aussi cette inégalité qui fait croire que le mariage est un moyen d’ascension sociale, contraignant ainsi les femmes à se livrer à la prostitution, etc. Les statistiques enregistrées chez les jeunes filles sont mieux parlant car 60% de 14 à 24 ans sont infectées. « Cette situation est due aux violences parce que ce sont les jeunes filles qui vont rapidement en mariage précoce ; ce sont elles qu’on consigne à ne pas aller à l’école, ce qui les oblige à se livrer à la prostitution parce qu’elles veulent pouvoir se prendre en charge. Donc se livre au premier venu. Elle ne peut pas négocier le port du préservatif parce que c’est l’homme qui nourri… »

PHOTO DU NETCOM GENDER
LA POSE FAMILIALE DES PARTICIPANTS ET DES FACILITATEURS

Afin d’inverser la tendance, les pouvoirs publics et partenaires ont convenu de revoir les messages de sensibilisation en faveur de ces cibles. Ce qui justifie la tenue d’un atelier d’élaboration des messages clés de sensibilisation sur « le VIH/SIDA chez les femmes et filles et tolérance zéro aux violences basées sur le genre » à Mbalmayo, du 16 au 18 Mai 2018. En ouvrant les travaux au nom du Secrétaire permanent du Comité national de lutte contre le Sida, le Chef Section Communication au Cnls a relevé que cet atelier s’inscrit dans le cadre de la mise en œuvre de la Stratégie nationale de communication sur le VIH/SIDA qui couvre la période 2018-2022. Sous la conduite de Foussenou Sissoko, expert en communication pour le développement (C4D), les participants ont conçu des messages qui vont être utilisé dans le cadre d’une campagne axée sur cette thématique prévue en juin. Au regard des résultats de la campagne « Heforshe », présenté par Leonel Kungaba, l’espoir est permis. Lancée le 11 Août 2016 à Yaoundé par le premier ministre, cette campagne avait pour objectif l’engagement des hommes pour la cause des femmes.

 

TROIS QUESTIONS à…

Joseph NGORO

joseph ngoro
« Les violences peuvent être une cause de la prévalence du VIH/Sida chez les femmes… »

Le spécialiste des programmes à ONU-Femmes Cameroun explique le bien fondé de la campagne annoncée le mois prochain en faveur des femmes et des filles sur l’ensemble du territoire national.
Quel est l’intérêt pour Onu-femmes de s’impliquer dans l’organisation d’un atelier d’élaboration des messages sur le VIH ?
Il faut déjà dire qu’Onu-Femmes est l’agence des Nations Unies en charge de l’égalité des sexes et de l’autonomisation des femmes. Nous sommes en train de mettre en place une nouvelle note stratégique donc, un plan stratégique qui va de la période 2018 à 2020. Dans le cadre de la mise en œuvre de ce plan stratégique, nous nous sommes engagés à travailler à la prévention de la lutte contre le VIH/Sida notamment chez nos principales cibles que sont les femmes et les filles. Donc, cet atelier est important pour nous parce qu’il vise à développer des messages ciblés qui seront adressés à l’endroit des populations avec lesquels nous allons travailler. Principalement nos bénéficiaires. Nous avons ainsi pensé qu’il fallait réunir les communicateurs, en majorité des journalistes pour que nous puissions développer des messages soit en français, en Anglais et dans les langues locales. Lesquels seront diffusés au cours d’une campagne qui va se tenir au mois de juin prochain. Mais à côté de cela, nous allons développer également d’autres supports de communication que nous allons diffuser dans toute l’étendue du territoire.
Vous parlez de violences et VIH. Quelle est statistiquement parlant, la situation au Cameroun ?
Certes, ces deux thématiques semblent séparées mais sont apparentées. Séparées parce que les violences basées sur le genre constituent une thématique qu’Onu-Femmes adresse au Cameroun et comme vous le savez, selon les dernières enquêtes de Eds-Mics, on a environ 55% de femmes qui ont subi des violences physiques ; nous avons 20% de femmes ont subi les violences sexuelles ; environ 28% ont subi des violences psychologiques. Ce sont les données de 2011 que nous continuons d’utiliser parce qu’on n’a pas encore conduit une bonne enquête qui permette d’avoir des données plus actualisées. S’agissant du VIH/Sida, comme vous le savez, au Cameroun, environ 5,6% de femmes sont affectées par le Vih contre 2,9% d’hommes. Dans la population jeune, 5 à 6 filles sont infectées contre 1 garçon. La situation est vraiment sérieuse. C’est pour cela que nous voulons adresser ces deux thématiques qui rentrent dans le portefeuille des activités et le mandat d’Onu-Femmes au Cameroun. Mais comme vous pourrez le constater, il y a un lien entre ces deux thématiques. C’est-à-dire que les violences peuvent être une cause de la prévalence du VIH chez les femmes. Egalement, la prévalence peut entraîner des violences notamment les discriminations et la stigmatisation. C’est pour cela qu’au niveau du Cameroun, nous n’avons pas voulu séparer les deux thèmes. Il est vrai que cet atelier parle principalement du VIH, mais nous voulons que le réseau [Netcom gender, Ndlr] qui est mis en place, aborde aussi les questions de violence.
Cinq jours pour une campagne sur une question aussi sensible notamment quand on a à l’esprit les pesanteurs et autres barrières culturelles…
… La campagne ne va pas seulement s’arrêter durant les jours qui sont impartis durant le mois de juin. Nous allons continuer la campagne. Comme vous le savez, le Cameroun célèbre la lutte contre le VIH et le Sida qui se tient au mois de novembre-décembre. Nous n’avons pas voulu attendre cette période là. C’est pourquoi, nous nous sommes dits, au courant du mois de juin, nous allons d’abord faire cette campagne. Certainement, une autre va se tenir au mois d’août, puis au mois de novembre. Donc, il s’agit d’une activité continue que nous allons conduire avec les communicateurs.

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