Garoua Boulaï: La vaccination en stratégie avancée a la peau dure

Alors qu’à son âge, elle devrait être à son 4e contact selon le calendrier vaccinal en vigueur au Cameroun, Chimène, trois mois, n’en est qu’à la première visite d’un poste de vaccination.
Ce mercredi 28 novembre 2018 est jour de vaccination au poste de l’hôpital de district de Garoua-Boulaï. Une trentaine de mamans sont présentes. Parmi elles, Brigitte Douie, réfugiée Centrafricaine, maman de la petite Chimène âgée de trois mois. Le nourrisson a été découvert en communauté lors d’une descente de l’équipe de vaccinateur conduite par Ange Mbeutcha Ngantcha en stratégie avancée, la semaine d’avant. Elle n’avait jusque là jamais été en contact avec un vaccin. « Sur le moment, j’ai administré à cet enfant le Penta1 et je lui ait donné rendez-vous pour commencer avec le BCG. Etant donné qu’en stratégie avancée, on n’a pas suffisamment d’enfants pour ouvrir le BCG. Il faut réunir 20 enfants pour ouvrir un flacon. Dans le souci de réduire le taux de perte, on les rassemble en stratégie fixe où on a le maximum d’enfants », confie la responsable du Programme élargi de vaccination (Pev).

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Récupérée en stratégie avancée, Chimène est reçue pour la première dans un poste fixe de vaccination

Mère de deux enfants, Brigitte qui fait partie des tous premiers contingents de réfugiés au Cameroun soutient connaître l’importance de la vaccination pour ses petits. L’aîné affirme-t-elle a d’ailleurs reçu ses vaccins lorsqu’elle vivait en Rca. Mais il en est tout autrement pour Chimène née au Cameroun. D’abord, la petite est venue au monde dans une case du village Gbabio, à 6 km de Garoua-Boulaï dans les bras de sa grand-mère paternel en guise d’infirmière accoucheuse. Au cours de sa grossesse, Brigitte n’a donc suivi aucune consultation prénatale. Aujourd’hui âgée de trois mois, Chimène n’avait jamais été en contact avec un vaccin jusqu’à ce qu’en stratégie avancée, le personnel du poste de vaccination de l’hôpital de district de Garoua-Boulaï la rattrape.
Sa maman se dit pourtant sensible à l’éducation sur les maladies dangereuses et contagieuses pourtant évitable par la vaccination. Jusque là, confesse-t-elle, « Je ne venais pas parce que je n’avais pas de moyens de transport. Pour aujourd’hui, j’ai pris un crédit chez ma voisine. Mais parce que j’ai entendu parler de l’importance de la vaccination que j’ai prêté de l’argent pour venir », des incohérences qui laissent planer un doute sur la véracité de son précédent propos concernant la protection de son aîné. Mais, aujourd’hui, elle assure ne plus vouloir manquer un seul rendez-vous jusqu’à ce sa fille soit immunisée contre toutes les maladies prises en charge par le Programme élargi de vaccination. Avec ses partenaires dont l’Unicef, le Pev offre une protection gratuite contre 12 maladies à travers l’administration de 9 vaccins. Mais pour atteindre la cible, il faut encore que le personnel aille la chercher dans les villages parfois très reculés et quelque fois en situation d’insécurité. Dès lors, le principal défi est de davantage intéresser les bénéficiaires à la vaccination de routine. C’est dire qu’il faudrait que les parents prennent conscience qu’ils doivent amener leurs enfants dans un poste de vaccination. Sinon de centaines d’enfants et pas seulement les réfugiés, ne reçoivent pas de vaccins exposant de ce fait toute la communauté à la résurgence des maladies sous contrôle comme la polio.

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Ange Mbeutcha Ngantcha: « Les accouchements à domicile gênent la vaccination de routine »

Sage- femme de formation, la Responsable du Programme élargi de vaccination de Garoua- Boulaï parle des défis auxquels fait face ce poste de vaccination qui reçoit en moyenne 60 enfants par semaine en stratégie fixe. Les problèmes ange Mbeutchasoulevés dans cet entretien s’observent au final dans toutes les formations sanitaires de la région. Même dans le Centre intégré de Gado-Badzere qui accueille le camp de refugiés centrafricains. Situé dans le département du Lom-et-Djérem, Garoua-Boulaï accueille plusieurs milliers de réfugiés venus de la République centrafricaine.

Quelle est la situation de vaccination des enfants à Garoua-Boulaï ?
A Garoua-Boulaï, on a des centres de santé qui mènent des vaccinations en stratégie fixe et d’autres en stratégie avancée. En stratégie fixe, le district s’est arrangé à ce que toutes les formations sanitaires aient des jours afin de pouvoir couvrir toute la semaine. Ce qui fait que pour les mamans, de lundi à vendredi, il y a un poste de vaccination en stratégie fixe dans les différentes formations sanitaires du district. On a reparti en zone pour pouvoir maximiser la couverture. Je couvre l’axe sud où je réalise les activités en stratégie avancée et fixe.
Quel est le constat qui se dégage dans votre zone ?
En vérité, nous sommes dans une zone où les accouchements à domicile sont encore un problème majeur. Ce qui fait que la plupart de ces enfants sont rattrapés en stratégie avancée. On effectue des descentes par village en collaboration avec les agents de santé communautaire. A cause de ces accouchements à domicile, si on ne part en stratégie avancée, on va manquer beaucoup d’enfants. Par ailleurs, on est obligé de le faire tous les mois dans le souci du respect du calendrier vaccinal. Pendant ces descentes vous constatez à chaque fois avec stupéfaction qu’il ya des mamans qui viennent avec des enfants de 4-6 mois qui n’ont jamais été vaccinés. Dans ces cas, sur le coup, on administre le Penta1. Puis, on donne rendez-vous pour commencer le BCG. Car il faut réunir 20 enfants pour ouvrir un flacon.
Qu’en est-il de la disponibilité en intrants ?
Cela fait longtemps qu’on n’a pas connu de rupture. Les vaccins sont disponibles, les carnets de vaccination aussi. Pour la chaine de froid, on utilise celle du district de santé parce que la formation sanitaire n’a pas de local pour avoir une chaîne de froid autonome.
Quelles sont les principales difficultés rencontrées ici ?
On a eu quelques cas de refus. A cause de certaines rumeurs, les mamans s’opposent à la vaccination de leur enfant. En 2017, on a eu des décès. Ce n’était du fait de la vaccination. Mais quand la rumeur est partie, il est difficile de la rattraper. On a du fait recours au sous-préfet et au district pour essayer de taire cette rumeur et ramener les mamans à la vaccination. En réalité, on essaie de multiplier les stratégies avancées pour rattraper tous les enfants dans le district.
La principale difficulté est le manque de personnel parce qu’en stratégie avancée, ce n’est pas à côté. Il faut le personnel qui va pouvoir couvrir la formation sanitaire. Dans ma zone, j’ai 4 villages. Le plus éloigné est une zone d’insécurité (Zamboue à environ 50 km de Garoua Boulaï). On utilise les services d’un membre de la communauté formé pour vacciner. L’autre difficulté est de se faire comprendre. On a le Baya, le Sangho et le Fulfulde. J’ai dû apprendre cette dernière langue qui est la plus utilisée par les communautés qu’elles soient camerounaises ou centrafricaines. C’est très pratique pour faire l’Iec. Parce qu’avec les traducteurs, on a l’impression que le message ne passe pas.
Des doléances ?
Au niveau du district, on essaie de trouver des stratégies pour maximiser le taux de couverture vaccinale. Mais on est souvent buté –c’est vrai que le chef Bureau partenariat et le chef de district sont entrain d’y travailler- à la situation des enfants perdus de vue. Surtout en Penta3, VAA et RR. Nous avons un besoin urgent en matériel roulant. En juillet-août pendant la saison de pluie, il pleuvait sur moi toutes les fois que j’allais en stratégie avancée au point où même les chefs étaient très malheureux de ma situation. C’est vrai, on a une moto, mais avec les intempéries climatiques, ce n’est pas toujours évident. Donc, si on peut avoir une voiture, cela va même nous permettre de descendre à Zamboue, la zone d’insécurité dont j’ai parlé plus haut.
On a aussi besoin de personnel. En ce qui concerne la formation sanitaire dans laquelle je travaille, j’ai besoin d’un bâtiment. Celui qu’on occupe appartient à la société des eaux. Et ils veulent le reprendre. Ce qui fait qu’actuellement, si l’hôpital ne nous avait pas prêté ce site de vaccination, je ne sais pas où on mènerait l’activité. On a vraiment besoin de locaux, et de personnel. Parce que la grande population que nous vaccinons est réfugiée. Donc, il faut toujours aller vers eux. Quand je vais en stratégie avancée, j’ai un collègue qui m’accompagne, c’est lui qui conduit la moto. J’ai deux autres qui ont accepté de me suppléer quand je suis occupée à autre chose.
En 2017, on n’a pas atteint 80% à cause de l’extrême mobilité de la population. On commence la vaccination et après ils retournent en Centrafrique. D’autres viennent à Garoua-Boulaï juste pour accoucher […] Toujours en raison de ces difficultés, on n’a pas encore atteint la cible cette année qui s’achève.
Propos recueillis
à Garoua Boulaï

11% d’enfants ne terminent pas leurs vaccins dans la région de l’EST

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Une séance de causerie éducative au poste de vaccination de l’Hôpital régional de Bertoua (Est-Cameroun)

Alors que le Programme Elargi de Vaccination (PEV), prévoit un certain nombre de vaccins gratuits pour les enfants jusqu’à l’âge de 5 ans, de nombreux enfants restent encore non vaccinés. Surtout dans la région de l’Est où selon les statistiques le taux d’abandon se situe autour de 11%. De nombreux obstacles entravent la couverture vaccinale. Ceci risque d’impacter l’élan du pays qui voudrait atteindre les objectifs de développement durables dont l’un des plus important est de réduire le taux de mortalité des enfants de 0-5 ans, d’ici 2020. Comme sur l’ensemble du territoire, le Pev-Est a besoin de plus de ressources pour financer la vaccination, dans un contexte où, malheureusement les échéances programmatiques au niveau global à travers, les Partenaires Techniques et Financiers (PTF) prévoient une réduction de leurs appuis d’environ 15% à partir de 2020 avec l’arrêt des financements de la lutte contre la Poliomyélite dont la diminution est en cours depuis cette année.

1- La vaccination de routine a mal en son fonctionnement
Hôpital régional de Bertoua. Mardi 27 novembre 2018. Dans ce couloir en forme de T qui sert de salle d’attente, les mamans ont honoré le rendez-vous que donne au quotidien dans cette formation sanitaire, Françoise Marie Rota Responsable du Programme Elargi de Vaccination (Pev) et sa collègue Thérèse Wos A Bekos, vaccinateur. Ariane Kelly l’une des mamans présente, a très tôt compris l’importance de ce moment pour sa petite Edeline, âgée d’environ trois mois. En attendant la petite piqûre, affectueusement administrée pour son « bien être », la bambine gazouille. Tout nu en raison de la pesée qui précède la vaccination proprement dite, un autre nourrisson ne semble pas apprécier. Ses hurlements en entraînent d’autres, obligeant les mamans à sortir un sein ou un biberon pour calmer les revendications naissantes. Alors que, toujours pour les petits bouts de chou, les mères doivent se prêter religieusement à la traditionnelle causerie éducative offerte dans cette formation sanitaire par Roméo Bazza Ndomba, agent de santé communautaire (ASC) et point focal communication de cet hôpital qui couvre officiellement sept (07) quartiers.

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Une maman, après la vaccination au poste de vaccination de Gado Badzere


Au Centre de santé intégré de Mokolo 1. Hélène Kembou, Major de la vaccination, s’affaire pour « libérer » les mamans impatientes et leurs bébés au plus vite. Il ne faut surtout pas les amener à regretter ce moment consacré à la protection de leurs rejetons. Une piqûre, un cri, bébé est protégé. Maman flatte et le tour est joué. « A six semaines, les enfants reçoivent : le Penta 1ere dose, association de 5 vaccins que sont diphtérie, coqueluche, tétanos, hépatite virale B et les infections à Haemophilus Influenzae type b. Ensuite on administre la Pneumo 13, le vaccin à Rotavirus et le vaccin anti-poliomyélite », explique Hélène Kembou. Un tableau idyllique est rendu possible grâce à l’appui des partenaires au développement au rang desquels Gavi, Unicef qui accompagne le gouvernement du Cameroun dans ces programmes nationaux de vaccination à travers l’approvisionnement en vaccins, la gestion de la chaîne de froid et la promotion de la participation communautaire…

2- Loin des apparences…
Dans cette Pmi comme dans plusieurs autres formations sanitaires de la région de l’Est-Cameroun, la présence de certaines mamans dans les postes de vaccination fixe, n’est que l’arbre qui cache la forêt. Car loin des apparences, la vaccination de routine ne porte pas aussi bien qu’il y paraît. De nombreux obstacles entraînent comme conséquences immédiates, la baisse de performance en stratégie de routine. De même, la vaccination en stratégie avancée dans le but de rattraper les perdus de vue voire de recruter des enfants qui n’ont jamais pris un seul vaccin depuis leur naissance, se heurte à de nombreux goulots d’étranglement dont l’insuffisance en ressources humaines. A côté de l’inaccessibilité géographique, cette carence en personnel constitue à elle-seule 40% des contres performances enregistrées dans la région.
Au poste de vaccination l’Hôpital régional de Bertoua, « il faut au moins 4 personnes avec des tâches définies et spécifiques », confie Marie Françoise Rota, qui par ailleurs décline les tâches affectées à chaque personnel. Ainsi : La première serait affectée au tri (c’est-à-dire, séparer les carnets par antigène ou simplement repérer pour transfert au bureau compétent, les enfants de mamans séropositives, etc.) ; la seconde serait chargée d’assurer le service d’IEC ; la troisième pour la pesée et le renseignement de la courbe de croissance dans le carnet de vaccination des enfants ; la quatrième serait en charge des registres. « Si elle oublie d’enregistrer un seul enfant, on va penser que c’est un enfant perdu de vue pourtant ce dernier a été vacciné. Mais, on ne l’a pas pris en compte pendant le pointage. Maintenant il faut un personnel qui doit vacciner. Parce que quitter de l’eau pour le Bic n’est pas aisé ».

3- Un taux d’abandon élevé
La surcharge de travail impacte négativement la qualité de service, contraignant les mamans à souvent quitter le centre pour aller ailleurs dans le meilleur des cas. Car, dans le pire des situations, l’enfant est sorti du circuit de protection par la vaccination. Ces abandons ont des répercutions dans les autres centres de santé. Surtout, au niveau de l’approvisionnement. « Notre commande est toujours sous estimée. Nous sommes dans une zone urbaine, nous recevons toujours plus d’enfants que nous attendions. Parfois, nous attendons 50 enfants, mais nous en recevons 100 voire 150. Ce qui fait que les commandes que nous avons fait pour une semaine, nous pouvons les utiliser en un jour», relève Nicole Claire Nkee, chef de centre pmi Mokolo 1. Et d’ajouter : « Ça nous pose problème au niveau du district où généralement, on nous demande d’attendre, de penser aux autres centres. Je ne sais pas s’il y a une répartition officielle au niveau du district qui demande un certain quota pour chaque formation sanitaire. On ne peut empêcher les mamans de venir faire vacciner leurs enfants ici ».
En 2017 renseigne Gaetan, Data Manager Pev Est, sur les 35 323 enfants cibles étaient attendus, 34 825 ont été effectivement vaccinés. Soit 99%. En 2018, rendu au mois d’octobre, la région affiche déjà un taux de couverture estimé à 96%. Un beau score –au dessus de l’objectif national qui est de 90% et pas moins de 80% pour le district de santé- mais qui pourrait occulter la réalité car, « tous les districts de santé, n’ont pas atteint cette cible », confesse Dr Christine Pouth Nkengue, Coordonnatrice régionale du Pev-Est. Conséquence, on mesure la performance en fonction du taux d’abandon. Et là, évaluée à 11%, très au dessus du 7%, niveau scientifiquement acceptable, la région n’affiche pas bonne mine. « Il reste des couches non atteintes. Ce qui pose un problème d’équité », regrette Dr Pouth Nkengue.
« L’un de nos gros problèmes dans cette région est celui des longues distances. A ceci s’ajoute les zones d’insécurité en raison du conflit qui sévit chez nos voisins Centrafricains », confie une habitante de Bertoua, chef lieu de la région. En effet, l’enclavement de certains villages et les longues distances sont un réel problème. Il faut parfois parcourir jusqu’à 50 km pour trouver un poste de vaccination. D’où la nécessité de l’institution des stratégies avancées. Laquelle bute au déficit de logistique (manque de moyen de transport). Par exemple, pour disponibiliser les vaccins à Garoua Boulaï (80 000 habitants) situé à 250 km de Bertoua, Dr sylvain Tcheumaga, chef de district de santé est obligé d’utiliser les services des transports en commun. « Bien sûr qu’on a les moyens de protéger», souligne ce dernier. Cependant, il n’en demeure pas moins qu’il y a des risques liés aux intempéries. Le car pourrait par exemple tomber en panne, le temps de se redéployer, le vaccin peut en prendre un coup. « Ce n’est pas encore arrivé », se défend le chef de district. Il fini toutefois par admettre que « ce risque est possible », avant de solliciter un véhicule de liaison pour le district de santé de Garoua Boulaï. Autre problème identifié ici, le poste de santé à la frontière qui fait office de Centre de santé intégré à Garoua Boulaï n’a pas de bâtiment. Logé dans les locaux de l’ancien Snec, il est en train d’être déguerpi. Même pour la vaccination en poste fixe, il squatte un espace à l’hôpital.
Nadège Christelle BOWA
De retour de l’EST

 

Cameroun: Près de 43 enfants sur 100 n’ont pas d’acte de naissance à l’Extrême-Nord

Afin d’inverser la tendance de cette pratique aux conséquences lourdes sur l’avenir des enfants, le gouvernement sollicite l’appui des députés juniors. Un atelier de renforcement de leur capacité organisé à Maroua en collaboration avec l’Unicef.
En termes d’enregistrement des naissances au Cameroun, la région de l’Extrême-nord dispose du taux le moins élevé. Avec un pourcentage estimé à 42,1% contre 69,8% pour l’Adamaoua et 60,9% pour le Nord, selon les statistiques de la Mics 2014, soit très loin de la région du Littoral qui affiche 91,4%. Ce pourcentage est de 62% au niveau national. Ainsi au Cameroun, au 21e siècle, de nombreux enfants n’ont pas d’acte de naissance. Un document qui marque le début de la vie de l’enfant sur le plan légal. Cette omission des parents expose les enfants et les prive d’un certain nombre de droits dont la nationalité (ils sont apatrides) ; l’éducation (l’enfant ne peut pas aller à l’école), pour ne citer que ces deux là. Dans le souci d’améliorer les indicateurs, le gouvernement à travers le ministère des Affaires sociales et le ministère de la Communication en partenariat avec l’Unicef, agence des Nations Unies en charge de l’enfance, organisent à Maroua, un séminaire de renforcement des capacités des députés juniors.
député junior
D’après Mme Moussa, Conseiller technique N° 1 et représentant du ministre des Affaires sociales (Minas) à cette activité, « l’objectif de cette formation est de mobiliser les jeunes en général et les députés juniors en particulier autour de l’importance et la place de l’enregistrement des naissances dans la protection et la promotion des humains y compris les droits de l’enfant ». Spécifiquement, il s’agit pendant trois jours –du 10 au 12 décembre 2018- de renforcer les capacités des députés juniors sur le processus d’enregistrement des naissances ; les outiller sur les risques et les conséquences du non enregistrement des naissances et déterminer les obstacles spécifiques à chaque région ; identifier les actions et stratégies nécessaires pour endiguer le phénomène de non enregistrement des enfants à la naissance, etc.
Ce séminaire qui rentre dans le cadre de la mise en œuvre de la Convention des nations Unies pour les droits des enfants (CDE) et la Charte Africaine des droits et du bien-être des enfants (Cadbee) se tient après des ateliers similaires dans les villes de Garoua (Nord) ; Ngaoundéré (Adamaoua) ; Bertoua (Est) ; Yaoundé (Centre) et Kribi (Littoral). « C’est pour que vous vous appropriez de vos actions, de vos missions au niveau de la communauté, de vos familles, de vos établissements scolaires, dans la société au niveau local », a-t-elle indiqué à la quarantaine de participants présents à ces travaux. En effet souligne Philémon Harouna de la section PAC (chargée du partenariat, du plaidoyer et de la communication externe) à l’Unicef, au cours des travaux, les participants devront à travers la conception d’un plan opérationnel, indiquer comment ils entendent se déployer afin d’atteindre les objectifs. Puisqu’ils sont engagés au côté du footballeur professionnel Fabrice Ondoua, ambassadeur principal de l’Unicef pour l’enregistrement des naissances à conduire des activités de sensibilisation après de la communauté estimée à environ 3,5 millions habitants repartis dans les départements du Diamaré, Logone et Chari, Mayo Danay, Mayo Kani, Mayo Sava, et Mayo Tsanaga.
Nadège Christelle BOWA
à Maroua

Patrick Alain Fouda:« Gérer son statut sérologique quand on est un enfant et un adolescent »

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A cause des échecs thérapeutiques, de nombreux enfants dans le monde sont infectés par le Vih-SIDA. Ce virus fait parti d’eux. Ils doivent parfois dès leur plus tendre enfance, apprendre à vivre avec. Comment arrive-t-il à gérer ce statut sérologique ?  Quelles sont leurs difficultés, leurs espoirs face au poids de ce lourd héritage ? Dans la mouvance du mois du Camerounais de lutte contre le Sida lancé jeudi 8 novembre dernier par le ministre de la Santé publique à Bertoua, votre journal donne la parole à un jeune. Étudiant en science politique et philosophie, Patrick Alain Fouda, président du Réseau Camerounais de jeunes positifs est le porte-parole de cette jeunesse sans voix mais positive. Entretien réalisé à quelques semaines de la journée mondiale de lutte contre le Sida dans un contexte de plaidoyer du Comité national de lutte contre le Sida (Cnls) en faveur d’une harmonisation des interventions qui visent à optimiser les résultats et réduire les nouvelles infections en milieu jeune à la suite des conclusions de l’enquête Camphia qui confirme la prévalence élevée du Vih dans cette franche de la population.

Quelle est la spécificité de la cible avec laquelle vous travaillez au sein de votre Réseau ?

La particularité de la cible avec laquelle nous travaillons réside dans le fait qu’elle est dans l’incapacité de gérer sa sérologie positive au VIH car étant dans  l’impossibilité de donner une origine, en rapport avec ses actes à son infection. le plus souvent elle est noyée dans les stratégies élaborées pour les interventions en faveur de la jeunesse. Alors qu’en tant que jeunesse positive, elle a des caractéristiques spécifiques qui demandent à ce que soient pris en compte certains éléments spécifiques. Donc, mon intérêt dans cet atelier est de veiller à ce que ces éléments soient pris en compte dans les futures stratégies.

Quelle est la cible ?

Les adolescents et jeunes adultes vivants avec le VIH, particulièrement ceux dont l’infection est la résultante des échecs de la PTME et des manquements du système sanitaire.

Qu’avez-vous auparavant entrepris pour que les aspects dont vous parlé soient pris en compte ?

On a mené de nombreux plaidoyers en direction du Cnls et de toutes les institutions qui travaillent avec les jeunes. On s’est heurté à beaucoup de mépris pour être poli. Ce n’est que grâce de certains partenaires comme l’UNICEF, ONUSIDA et des ONG comme PATA et le « global network for young people living with HIV », que le message qu’on veut passer trouve de plus en plus une oreille attentive. La dernière enquête Camphia relevait quelques statistiques à ce sujet. Je n’ai pas les chiffres exacts mais on peut dire que par rapport à ce qui se passait avant, les choses se sont beaucoup améliorées. 0,6% des enfants qui naissent sont pris dans la chaîne de ce qui se passait avant.

Qu’est-ce qui s’est passé ?

Pour les adolescents dont nous parlons, il ne s’agit pas seulementd’erreur. Mais d’échec. C’est-à-dire qu’on a mis en œuvre un certain nombre de stratégies qui n’ont pas marché. Soit parce que le parent ne faisait pas toujours ce qu’il fallait, soit parce que le personnel soignant à un moment où à un autre n’a pas fait ce qu’il fallait. Pour ce qui est de mes enfants concernés par les échecs, il s’agit de l’échec du système sanitaire. C’est-à-dire, des enfants qui doivent leur statut à des transfusions sanguines, etc.

Fort heureusement, aujourd’hui, il y  a une amélioration certaine. Les services de Ptme sont présents et systématiques dans tous les centres de santé. Les consultations prénatales sont gratuites. Le souci est qu’entre temps beaucoup d’enfants sont nés du fait de ces échecs et erreurs. Mais Onusida dit que les enfants de 0 à 14 ans concernés sont 50 000. Les statistiques ne prennent pas en compte ceux de 15-19ans qui sont noyés dans la tranche des adultes. Ce qui veut dire qu’on a potentiellement plus de 50 000 adolescents et jeunes aujourd’hui qui sont concernés. Ils ont été infectés tous très tôt. Soit à la naissance ou vraiment dans la petite enfance.

Quelle est la perception que les jeunes positifs ont du VIH ?

Pendant un processus d’apprentissage qui commence le plus souvent dès la plus tendre enfance, on leur enseigne dans les formations sanitaires à gérer leur statut sérologique, l’importance du médicament, etc. processus au terme duquel ils doivent être capables, dans l’intérêt de tous, d’accepter ce virus comme faisant parti d’eux. De telle sorte qu’aujourd’hui quand on dit VIH, ils ne voient pas cela comme un élément extérieur. C’est une partie d’eux. Maintenant dans les stratégies qui sont déployées pour protéger les jeunes, il y a des choses qui sont dites ou qui sont faites qui sont de nature à heurter les sensibilités de ces enfants. Quand on enseigne quelque chose à un enfant en formation sanitaire ou en milieu associatif, il retourne à l’école. Ses amis ou les professeurs disent des choses qui ne sont pas vraies. Et il revient nous dire « vous avez menti ». Comme ce sont des adolescents, des enfants, le premier geste qu’il pose dans ce cas est le refus du traitement. C’est vraiment palpable parce que l’observance chez les adolescents est très faible. Les enfants ne prennent pas leur traitement. Donc nous souhaitons pour mettre un terme à ces dérives, une harmonisation des termes et des messages utilisés dans la sensibilisation.

En matière de communication. Quelles sont les choses dites qui sont susceptible de heurter les sensibilités des enfants victimes des échecs du système ?

Il y a par exemple une campagne publicitaire qui dit : « Stop au Vih ». Cela parait anodin. C’est même ce qu’on veut, que le Vih s’arrête ! Mais l’enfant qui voit cela, n’a pas les capacités intellectuelles requises pour savoir qu’il s’agit d’un message de combat. Dans sa tête, c’est un message qui s’adresse directement à lui. On veut l’exterminer. Et cela, il ne peut l’accepter. L’adolescence est une période difficile pour tout le monde. Si on ajoute les facteurs liés au VIH, ça devient compliqué à gérer pour l’enfant. Quand il entend « Stop Vih », il se dit, c’est contre moi qu’on se bat, on veut me stopper moi.

Quelles sont vos propositions pour remplacer ce type de slogan et intégrer de ce fait la vision de la cible que vous défendez?

Nous pensons qu’il faut mettre l’accent sur le SIDA ! Parce que ce qu’on leur enseigne dans les formations sanitaires est que le Vih une fois que tu prends ton traitement est une affaire qui se gère normalement. La phase problématique est la phase Sida. Je pense que si on dit « Stop SIDA », on peut à la fois toucher le Vih. Et avoir les mêmes effets qu’avec le message « stop Vih » tout en veillant à ce que l’enfant qui est une personne positive en regardant cela ne se sente pas frustré.

Que fait votre réseau pour améliorer les indicateurs relatifs à l’observance en milieu jeune ?

Le Réseau Camerounais de jeunes positifs a élaboré une stratégie qui repose essentiellement sur la paire éducation. Sauf qu’on l’a revisité. L’idée est qu’on place une cohorte d’enfants, 10 au maximum sous la charge d’un de nos grands adolescents mentor, qu’on appelle un senior teenager mentor. L’avantage est que celui-ci est passé par toutes les étapes que ces cadets vivent. Donc il est mieux outillé pour guider les enfants vers l’observance. Maintenant, l’approche en elle-même n’est qu’un outil. Pour la déployer afin qu’elle soit pleinement efficace, il y a un certain d’activités qui vont avec. L’approche vient essayer de combler un vide qu’on a au niveau de l’accompagnement psychosocial de ces enfants.

 A titre d’illustration, Le centre de référence en la matière qui est le Centre mère et enfant de la Fondation Chantal Biya a une cohorte d’environ 1700 enfants dont 600 adolescents à peu près. Pour ces 600 adolescents, il y a 12 accompagnateurs psychosociaux (Aps) qui sont censés assurer un suivi personnalisé. Comment voulez-vous que 12 personnes puissent s’occuper comme elle le devrait de 600 enfants ?Notre approche règle aussi un problème de qualité parce qu’aujourd’hui, one ne sait pas trop, les critères de recrutement des Aps sont connus, mais à notre sens, ils sont encore assez léger pour la pédiatrie. On a été en contact avec ses Aps depuis l’enfance et, ils sont peu nombreux à savoir ce qu’ils font, et faire ce qu’il faut faire correctement.

Outre l’insuffisance voire la qualité des Aps, quelles sont vos autres difficultés ?

La principale difficulté est financière. Si on veut mettre en place toutes les activités nécessaires pour notre cible, activité qui soit dit en passant ne sont pas mise en œuvre au Cameroun, mais qui ailleurs ont donnés des résultats probants, il faut beaucoup de fond. Seulement pour l’approche par les mentors sus évoquée, il faut pouvoir gérer l’adolescent qui s’en charge. Ce n’est pas un travailleur social. C’est un bénévole mais bénévolat ne veut pas dire gratuité. Il faut quand même qu’un minimum lui soit accordé. Il y a aussi des séjours thérapeutiques qui sont une autre manière de parler à l’adolescent de ce qui lui arrive, de lui enseigner à gérer le statut sérologique sans que cela reste confiner dans le milieu médical pour ne citer que celle-là. La totalité de ces approches prennent en compte le fait que ce sont des enfants avant tout. Et que l’enfant apprend facilement à travers des activités ludiques.

Article également dans Le Messager du 13 novembre 2018

 

 

L’exploitation illégale fait son nid dans les forêts communautaires

Est-Cameroun

Sciage sauvage, exploitation hors parcelle, trafic de lettre de voiture, corruption… Ce sont là quelques maux qui minent les forêts notamment les forêts communautaires dans la région du Soleil levant. Ici règnent en maîtres, des exploitants véreux qui sous le prétexte de rentrer dans leur frais causent des dégâts quelquefois avec la complicité des populations en quête de gain facile et sous le regard condescendant des autorités sensées faire appliquer la loi.

  • Des « délinquants fauniques » prennent possession de la forêt

Melane dans l’arrondissement de Mindourou, département du Haut-Nyong dans la région de l’Est-Cameroun. Dimanche 4 novembre 2018. A environ un kilomètre de la route principale en entrant dans la forêt, gisent 2 immenses troncs d’arbres (des grumes en langage technique). Même pour un œil non avisé que celui du reporter, on perçoit bien qu’il s’agit d’essences précieuses. Elles ont été abandonnées par des exploitants véreux pris en flagrant délit de pillage des ressources naturelles dans cette localité. A en croire certains habitants de ce village, la forêt regorge de grumes abandonnées par ces individus sans foi ni loi. « C’était des kamikazes qui coupaient presque tout. Prospecteurs, abatteurs, engins débiteurs et débardeurs travaillaient avec une synergie incroyable », renseigne un riverain selon qui, ils ont commencé par Kagnol –localité avoisinante où avait été concédée une vente de coupe (Vc). « Ils ont même touché la forêt communale », ajoute ce dernier.

D’après le document de notification de saisie établi par l’autorité locale en charge des forêts, les dégâts sont estimés à environ 88 m3 de bois (grume rouge) d’essences divers exploités frauduleusement dans la forêt du domaine national dans la communauté de Malene. Laquelle a déjà exprimé le désir de voir cette forêt érigée en forêt communautaire. «Il y a le bois qu’ils ont abattu dans les champs faisant croire aux villageois naïfs qu’ils seraient indemnisés. Mais on pensait qu’après la saisie, le gouvernement aurait pu fait quelque chose pour que le village bénéficie de ce bois abattu ». Pris en flagrant délit par les populations de Djolempoum, déjà avisée par la situation de Malene, ces individus ont été contraints de négocier et de payer pour le bois volé. Le forfait de Malene a été rendu possible, soutient une organisation de la société civile locale, à cause des complicités se recrutant au plus haut niveau de l’administration. C’est cette même complicité qui facile, voire favorise l’exploitation illégale du bois notamment en hors parcelle dans d’autres communautés de la région de l’Est où des forêts communautaires ont été concédées par l’Etat aux populations riveraines.

gaspillage à Kassarafam
Du Bois gaspillé par des pilleurs de ressources

« Les hors parcelles sont dus au fait que tout le bois prévu par le CAE [Certificat annuel d’exploitation, Ndlr] n’est pas exploité faute d’exploitant. Aucune forêt communautaire au Cameroun ne respecte les parcelles à cause de cela », souligne avec force un habitant de Nemeyong 1. Pour qui, l’Etat, puisqu’il a les exploitants devrait établir une cartographie des essences disponibles dans les forêts communautaires et en informer les exploitants dont il dispose du fichier sur l’étendu du territoire en fonction de la qualité d’essence voulu par ceux-ci. La source dénonce par ailleurs de nombreux obstacles au plein épanouissement de la gestion durable des forêts en conformité avec l’Apv-Flegt (Accord de Partenariat Volontaire pour l’application des règlementations forestières, la gouvernance et les échanges commerciaux).

  • Victimes ou complices

 « L’Etat a bien réfléchi en mettant sur pied les forêts communautaires mais au niveau de l’étude de faisabilité, ça n’a pas été clair. Un vide juridique ». Et d’expliquer : « Qu’est-ce que l’Etat a mis en place pour que tout ce qui est prévu dans le CAE comme bois soit exploité ? C’est un vide juridique. Et après un an, vous ne pouvez-vous plus revenir là. Qu’est-ce que le villageois qui veut de l’argent fait ? Il trouve un exploitant qui sur 10 essences ne prend que trois ou quatre. Et il a besoin de faire le développement qui va être vérifié par l’Etat. Il est obligé d’aller hors parcelle ».

À son avis, il est du devoir de l’Etat d’amener les exploitants. « Ils savent qui veut tel ou tel autre bois. Ceux qui viennent nous aider à exploiter sont des bayam-sellam », confesse cette source. Une autre pointe un doigt accusateur en direction des exploitants et accuse : « ils nous ont dupé. Quand il vient avec de gros moyens, il fait des promesses mais après il ne respecte pas sa parole ». Dans une communauté qui regroupe 3 villages autour d’une forêt communautaire, le président confesse : « Ce qui nous ennuie un peu dans nos forêts communautaires ce sont nos partenaires qui nous induisent dans les erreurs. Il [exploitant, Ndlr] nous a donné espoir qu’il prendrait toute essence confondue que ce soit le bois blanc ou le bois export à 20 000Fcfa le m3. Mais il n’a pas respecté le contrat. Il n’exploite que le bois export sous le prétexte qu’il n’a pas encore de partenaire. Il nous demande supporter parce que ce n’est pas facile de trouver ceux qui prennent le bois blanc ».

La communauté qui s’est endettée auprès de cet exploitant afin de pouvoir obtenir les papiers (la conception du Plan simple de gestion à 3,5 millions de Fcfa ; le Certificat annuel d’exploitation à 1,5 million de Fcfa, etc.) indispensables à l’exploitation de sa forêt communautaire se trouve dans l’obligation de céder au chantage des exploitants soumis eux-mêmes à certaines contraintes. « Dans le Haut Nyong, Lomié est en tête d’ici à Yaoundé, chaque chef de poste prend 50 000Fcfa par Lucastmill légal ou pas. On doit tenir compte de ce paramètre en signant les contrats. Vous ne pouvez pas arriver à Yaoundé sans payer ce montant par poste forestier. Quand vous donnez les 50 000Fcfa, vous êtes obligé de causer les dégâts dans la forêt pour pouvoir rentrer dans vos frais ». Par ailleurs, « il y a la misère qui plane. Et ceux qui peuvent protéger sont incapables de le faire par peur de perdre sa casquette. Tu ne peux pas dire à un villageois de ne pas prendre ses 5000Fcfa pour le prospect d’un Moabi parce que tu vois l’avenir du village. Il va te tuer».

transport du bois
Trahis par une route en état de délabrement avancé

  • Mesures urgentes pour sauver les forêts

Cette misère fait en sorte que dans certaines communautés après le passage des ventes de coupe, les populations se ruent dans les forêts abandonnées pour au lieu de s’y consacrer comme le prévoit certaines dispositions de la loi du 20 janvier 1994 régissant l’activité forestière au Cameroun à des activités agricoles, poursuivent plutôt l’exploitation des essences dans l’illégalité. Se servant pour blanchir cette activité frauduleuse, des documents d’une forêt communautaire en activité. En dépit de ce sombre tableau, tout n’est cependant pas perdu. On peut encore sauver les forêts de la région de l’Est. « En étalant les problèmes, c’est des doléances. Le bois est notre avantage naturel. L’Etat a réfléchi à ce niveau. Au lieu d’arracher tout cela avec les exploitants, aidons ces gens ! C’est bien que l’Etat nous accompagne jusqu’au bout (attribution, exploitation et suivi des revenus). Si ces trois étapes sont suivies, on n’aura plus de problème », suggère un membre de la communauté.

L’administration locale a aussi ses doléances et plaide pour la formation des populations surtout celles à qui incombe la surveillance de la forêt pour le compte de la communauté. « L’incompétence et l’illettrisme des Rof [Responsables des opérations forestières, Ndlr] est un véritable problème pour nous », affirme à ce propos un chef de poste selon qui, « dans 98,99% des cas, c’est le chef de poste qui rempli les lettres de voiture. Les Rof en général ne sont préoccupés que par l’argent du cubage ». Il recommande que pour la demande de convention provisoire, le Rof ne soit plus un analphabète ; qu’avant la certification, le ministère des Forêts et de la Faune (Minfof) aide les communautés à la gestion de leurs ressources à travers des formations et des sensibilisations. Pour eux-mêmes, l’Etat doit pourvoir aux matériels indispensables au travail de terrain à l’instar des Gps, du ruban… Mais aussi satisfaire au moyen de locomotion adaptée. Dans ce processus, les organisations de la société civile ont un rôle important d’accompagnement autant des communautés que de l’Etat. Si non on s’achemine tout droit vers un désastre écologique à savoir : la disparition des forêts et de la biodiversité au Cameroun. En effet, dans un rapport produit il y a quelques années par une coalition d’Osc camerounaises en collaboration avec le Cifor et le Minfof, en l’absence de forêts dans le domaine forestier non permanent, les trafiquants pourraient attaquer les Unités forestières d’Aménagement, les aires protégées. Où des actes de vandalisme sont déjà d’ailleurs observés. « On s’est rendu compte qu’aujourd’hui à peu près 11% du domaine forestier permanent commencent à être touché par des activités d’exploitation forestière illégale », affirmait à ce sujet le chercheur Patrice Bigombe en d’autres occasions.

Nadège Christelle BOWA

De retour de Lomié

 

 

 

 

 

 

 

 

Des gestionnaires des entreprises forestières à l’école de la performance

Foresteries communautaires
Ces derniers bénéficient dans le cadre du projet Dryad, d’une formation dont le but est d’améliorer la gestion durable des forêts communautaires à travers une approche entrepreneuriale.
En collaboration avec TMP Systems, le Centre mondial d’Agroforesterie (Icraf) organise un congrès de trois jours (du 24 au 26 octobre 2018) à Yaoundé au Cameroun. La rencontre vise l’amélioration des performances, la gouvernance et la durabilité des entreprises forestières communautaires. Jules Doret Ndongo, ministre des Forêts et de la Faune a ouvert mercredi 24 octobre 2018, les travaux de ces assises. « Le projet apporte un soutien financier, une assistance technique et renforce les capacités de nos communautés à la base. Cela rentre en droite de la politique gouvernementale de décentralisation. Nous voulons des communautés locales fortes, susceptible de prendre elles-mêmes en charge leur développement évidemment avec l’aide de l’Etat », a-t-il déclaré.

photo cacao

Financé par le Département britannique pour le développement international (Dfid), Dryad dans le cadre duquel est organisé ce congrès, est une approche qui vise à fournir de l’aide aux communautés forestières. Ce projet est conçu pour rechercher un retour non financier sur son engagement en capital public, mesuré par des indicateurs montrant la réalisation d’objectifs sociaux, économiques et environnementaux préalablement convenus. Il développe des systèmes de suivi des performances pour les entreprises forestières communautaires dans les principales forêts communautaires du Cameroun. « Nous avons aujourd’hui 36 entreprises dans le projet avec de différentes activités de gestion des exploitations de produits forestiers non ligneux, du bois, de l’écotourisme mais aussi de l’exploitation du rotin. On a investi plus de 650 millions de Fcfa dans ces entreprises. Nous nous attendons à avoir un bénéfice au-delà de 8 milliards au bout de 10 ans », renseigne Peter A. Minang, Coordonnateur du projet à l’Icraf.

Implémenté dans les régions du Sud-Ouest, Littoral, Sud, Est et Centre, le projet couvre environ 96 000 ha de terres forestières. « Nous espérons qu’à la fin de ce projet pilote en 2020, nous allons avoir des entreprises forestières fortes dont les membres puissent bénéficier des résultats qui ne sont pas seulement l’exploitation du bois mais qui peuvent être également la conséquence d’une bonne exploitation des produits forestiers non ligneux (mangue sauvage, djansan…) », souhaite le Minfof. Il espère par ailleurs que le congrès aboutira à une bonne évaluation qui permettra de corriger les erreurs.
Des échanges avec les experts du Minfof, Roger Mouchi, délégué du Gic Chily révolution verte du Cameroun (Crvc) espère trouver des solutions à son problème. Basé à Mambioko dans l’arrondissement de Ngambé Tikar, le Crvc regroupe des gestionnaires de forêts communautaires dont l’une des activités est l’exploitation du Djansan. La vente permet entre autres de prendre en charge la rémunération des maîtres des parents. Seulement, « On nous demande à chaque fois des documents légaux pour écouler ces produits. Ce qui rend difficile l’évacuation de notre djansan vers les partenaires».